La crise du coronavirus a souligné de manière extraordinaire la vulnérabilité de nos systèmes alimentaires face aux crises systémiques de grande ampleur. La question de la résilience d’un territoire, c’est-à-dire sa capacité à absorber un choc et à se réorganiser en progressant est devenue essentielle.
(extrait de la Table ronde "Quelles stratégies pour la résilience alimentaire de notre territoire" - Marseille 29.08.20)
Jean-Luc MOYA (2 degrés)
En amont de la question de l’autonomie alimentaire, celle de la protection des terres agricoles
Le potentiel agricole et les savoir-faire sont présents sur notre territoire. Rappelons que la région Paca est la 1ère région productrice pour les laitues, courgettes, pommes, poires, cerises raisin, riz, olives et la 2ème pour les tomates, aubergines, poivrons… .
Nous disposons d’un climat tempéré avec une richesse exceptionnelle : 70% de terres sont irrigables. De fait, l’agriculture emploie 13.000 personnes au niveau de la Métropole Aix-Marseille-Provence.
Pourtant le département a perdu 22.000 ha de terres agricoles entre 1988 et 2014 soit 31.000 terrains de foot. 97% des espaces consommés étaient irrigables.
Une étude de l’Agam nous renseigne de manière très utile sur l’usage des terres agricoles consommées au niveau du territoire métropolitain.
Entre 2006 et 2014, les tendances semblent montrer que la consommation foncière reste forte : - 197 ha / an d’espaces naturels et agricoles chaque année. L’urbanisation affecte aujourd’hui tous les types d’espaces agricoles ou naturels, et en particulier les forêts, la garrigue, mais également les terres agricoles (prairies, terres arables, cultures permanentes).
Quelle stratégie communes pour une plus grande résilience alimentaire de notre territoire ?
Notre système alimentaire territorial sera résilient s’il remplit 3 conditions essentielles : disponibilité, accessibilité et acceptabilité.
Disponibilité du foncier agricole
Il est grand temps d’en finir avec une forme schizophrénie politique : il n’est plus un seul document d’urbanisme qui ne mentionne pas la nécessité de préserver les espaces agricoles. Pourtant, dans les faits, on ne retrouve pas les engagements écrits. La loi SRU de 2000 introduit la consommation d’espace dans les Plans locaux d’urbanisme (PLU), et appelle clairement à une utilisation économe et équilibrée des espaces naturels, urbains, périurbains et ruraux. Elle fait de la lutte contre l’étalement urbain un principe général de l’urbanisme durable. Elle limite le mitage de l’espace en supprimant la possibilité d’instaurer des zones d’habitat diffus (zones NB) et en restreignant le recours aux tailles minimales pour les terrains constructibles.
Les autres outils de protection foncière sont nombreux : Zones Agricoles Protégées, Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT), PLU intercommunaux, Protection des espaces naturels et agricoles péri-urbains (PAEN), Projet Alimentaire Territorial,… Sachons les utiliser à bon escient !
Il existe également des exemples de bonnes pratiques locales. 10 projets de ZAP ont été identifiés par la Métropole en 2019, 3 réalisés, 1 PAEN. Citons par exemple les communes de Velaux, Gignac-la-Nerthe, Meyreuil, Cuges les Pins ou encore Vitrolles.
Accessibilité des produits agricoles et alimentaires
Il faut travailler à leur accessibilité physique notamment par la massification des circuits courts de proximité (ventes à la ferme, AMAP, groupements de producteurs…) mais aussi économique pour les personnes les plus défavorisées (épiceries solidaires, potagers collectifs….). C’est de Résilience alimentaire et solidaire du territoire dont il faut parler.
Acceptabilité
Enfin, il est primordial de continuer à faire le lien entre alimentation et santé. Nous sommes le Territoire champion du Bio : 13% des surfaces sont sous certification AB. Il faut favoriser et encourager la conversion des exploitations agricoles, généraliser le bio dans les restaurants collectifs, développer des filières territorialisées.
En juillet 2019, le gouvernement a réaffirmé l’objectif d’atteindre le « Zéro Artificialisation Nette » (ZAN), considérant qu’il faut aller encore plus loin en matière de lutte contre l’étalement urbain et la consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers. L’affirmation de cet objectif s’inscrit dans la volonté de faire évoluer les démarches et les méthodes d’aménagement de l’espace à l’aune de la transition écologique, de la prise en compte des risques naturels, de la protection du foncier agricole et de la défense de la biodiversité.