Résilience alimentaire de notre territoire

Vers la résilience alimentaire de notre territoire


La crise du coronavirus a souligné de manière extraordinaire la vulnérabilité de nos systèmes alimentaires face aux crises systémiques de grande ampleur. La question de la résilience d’un territoire, c’est-à-dire sa capacité à absorber un choc et à se réorganiser en progressant est devenue essentielle.


(extrait de la Table ronde "Quelles stratégies pour la résilience alimentaire de notre territoire" - Marseille 29.08.20)

Jean-Luc MOYA (2 degrés)


Entre la civilisation et le chaos, il n’y a que neuf repas !

La célèbre phrase du journaliste-écrivain Alfred Henry Lewis, qui date pourtant de 1906, est soudainement redevenue actuelle. Elle souligne à nouveau la notion essentielle de souveraineté ou d’autonomie alimentaire d’un territoire, c’est-à-dire sa capacité à nourrir sa population par sa propre production et ses propres ressources.

Cantonnée aux pays les plus pauvres de notre planète, elle s’invite aujourd’hui important aux tables des plus grandes aires urbaines mondiales avec insistance. Et l’on comprend aisément pourquoi. L’alimentation est une question particulièrement critique puisqu’elle conditionne tout simplement notre propre capacité à rester en vie. 

Le risque de pénurie alimentaire n’est pas si loin que cela. Selon une étude réalisée par le cabinet Cabinet Utopies en mai 2017 au niveau des 100 premières aires urbaines françaises, il ressort de cette analyse que 98% du contenu des aliments consommés localement sont importés et, qu’en même temps, 97% de l’agriculture locale finit dans des produits alimentaires consommés à l’extérieur du territoire. Autrement dit, nos productions agricoles locales passent la plupart de leur temps dans des camions pour approvisionner usines, entrepôts et grandes surfaces.

De fait, le degré d’autonomie alimentaire de nos territoires est au plus bas : 2% en moyenne. Ce qui correspond à 3 ou 4 jours de stock d’aliments dans une grande ville. De quoi imaginer le pire en cas de blocus prolongé.

En 1950, Marseille était autosuffisante en fruits et en légumes : elle produisait 100% de ce qu’elle consommait.

On en est très loin aujourd’hui. L’aire urbaine d’Avignon est la « plus » auto-suffisante de France à hauteur de 8,1%, suivie par un groupe homogène de 5 aires urbaines autour de 6%-6,5% : Valence, Nantes, Angers, Saint-Brieuc et Brest. Pour Marseille, le taux est de 2.2%.

En amont de la question de l’autonomie alimentaire, celle de la protection des terres agricoles


Le potentiel agricole et les savoir-faire sont présents sur notre territoire. Rappelons que la région Paca est la 1ère région productrice pour les laitues, courgettes, pommes, poires, cerises raisin, riz, olives et la 2ème pour les tomates, aubergines, poivrons… .

Nous disposons d’un climat tempéré avec une richesse exceptionnelle : 70% de terres sont irrigables. De fait, l’agriculture emploie 13.000 personnes au niveau de la Métropole Aix-Marseille-Provence.


Pourtant le département a perdu 22.000 ha de terres agricoles entre 1988 et 2014 soit 31.000 terrains de foot. 97% des espaces consommés étaient irrigables.


Une étude de l’Agam nous renseigne de manière très utile sur l’usage des terres agricoles consommées au niveau du territoire métropolitain.


Entre 2006 et 2014, les tendances semblent montrer que la consommation foncière reste forte : - 197 ha / an d’espaces naturels et agricoles chaque année. L’urbanisation affecte aujourd’hui tous les types d’espaces agricoles ou naturels, et en particulier les forêts, la garrigue, mais également les terres agricoles (prairies, terres arables, cultures permanentes).

Pour un hectare urbanisé, 20 habitants, 17 résidences principales et 8 emplois ont été créés à Aix-Marseille sur la période 1990/2012. C’est presque 2,5 fois moins qu’un ̏Parisien˝, mais légèrement plus qu’un ̏Bordelais˝. L’aire urbaine d’Aix-Marseille affiche des taux plus faibles que dans des villes plus dynamiques (Lille, Toulouse ou Nantes), Paris présentant des spécificités incomparables étant donné son dimensionnement.

Quelle stratégie communes pour une plus grande résilience alimentaire de notre territoire ?


Notre système alimentaire territorial sera résilient s’il remplit 3 conditions essentielles : disponibilité, accessibilité et acceptabilité.


Disponibilité du foncier agricole


Il est grand temps d’en finir avec une forme schizophrénie politique : il n’est plus un seul document d’urbanisme qui ne mentionne pas la nécessité de préserver les espaces agricoles. Pourtant, dans les faits, on ne retrouve pas les engagements écrits. La loi SRU de 2000 introduit la consommation d’espace dans les Plans locaux d’urbanisme (PLU), et appelle clairement à une utilisation économe et équilibrée des espaces naturels, urbains, périurbains et ruraux. Elle fait de la lutte contre l’étalement urbain un principe général de l’urbanisme durable. Elle limite le mitage de l’espace en supprimant la possibilité d’instaurer des zones d’habitat diffus (zones NB) et en restreignant le recours aux tailles minimales pour les terrains constructibles.

Les autres outils de protection foncière sont nombreux : Zones Agricoles Protégées, Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT), PLU intercommunaux, Protection des espaces naturels et agricoles péri-urbains (PAEN), Projet Alimentaire Territorial,… Sachons les utiliser à bon escient !


Il existe également des exemples de bonnes pratiques locales. 10 projets de ZAP ont été identifiés par la Métropole en 2019, 3 réalisés, 1 PAEN. Citons par exemple les communes de Velaux, Gignac-la-Nerthe, Meyreuil, Cuges les Pins ou encore Vitrolles.


Accessibilité des produits agricoles et alimentaires


Il faut travailler à leur accessibilité physique notamment par la massification des circuits courts de proximité (ventes à la ferme, AMAP, groupements de producteurs…) mais aussi économique pour les personnes les plus défavorisées (épiceries solidaires, potagers collectifs….). C’est de Résilience alimentaire et solidaire du territoire dont il faut parler.


Acceptabilité 


Enfin, il est primordial de continuer à faire le lien entre alimentation et santé. Nous sommes le Territoire champion du Bio : 13% des surfaces sont sous certification AB. Il faut favoriser et encourager la conversion des exploitations agricoles, généraliser le bio dans les restaurants collectifs, développer des filières territorialisées.


En juillet 2019, le gouvernement a réaffirmé l’objectif d’atteindre le « Zéro Artificialisation Nette » (ZAN), considérant qu’il faut aller encore plus loin en matière de lutte contre l’étalement urbain et la consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers. L’affirmation de cet objectif s’inscrit dans la volonté de faire évoluer les démarches et les méthodes d’aménagement de l’espace à l’aune de la transition écologique, de la prise en compte des risques naturels, de la protection du foncier agricole et de la défense de la biodiversité.



Cet objectif a été conforté par une instruction du Gouvernement du 29 juillet 2019 relative à l’engagement de l’État en faveur d’une gestion économe de l’espace pourtant peu suivie d’effets.


Même s’il faut garder à l’esprit que l’autonomie alimentaire de notre territoire atteindra difficilement les 10 ou 15%, il faut reconnaître que la richesse et la diversité de l’agriculture sont constitutives de l’identité du territoire de la Métropole Aix-MarseilleProvence et du Pays d’Arles.


La résilience appelle aussi à la transformation et, à ce niveau, le pouvoir des collectivités locales est indiscutable. Elles ont la légitimité politique et les compétences pour agir concrètement dans de nombreux domaines du système alimentaire : aménagement, développement de l’économie locale, gestion de l’eau, de l’assainissement et des déchets, restauration collective… Plus encore, elles peuvent être les chefs d’orchestre d’un projet de résilience alimentaire ambitieux et mobiliser l’ensemble des acteurs du territoire vers cet objectif.



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